Canal de Briare : des travaux au Baraban
pour rouvrir l'écluse en Loire
Les travaux ont débuté depuis un mois et concernent essentiellement la pose de nouvelles portes en aval de l'écluse pour rétablir la liaison canal-Loire
Des travaux ont débuté à l'écluse du Baraban au début du mois d'août. Ils ont été entrepris par VNF dans le but de remettre cet ouvrage qui relie le canal Henri IV à la Loire en service. C'est assurément une bonne nouvelle pour tous ceux qui attendent depuis longtemps la réouverture de ce passage du canal vers la Loire quasi-mythique qui s'accompagne de belles perspectives dans le domaine touristique et des loisirs.
Réalisée sous la Révolution
L'écluse du Baraban a été construite sous la Révolution, en 1793. Il s'agissait d'accélérer l'acheminement du ravitaillement vers Paris dans une période de disette. Selon Jacky Jeunon, responsable par intérim de la Subdivision Voies Navigables de France de Briare, elle aurait pu « être construite en six semaines », ce qui confirmerait bien l'urgence de la situation.
Dans un ouvrage très documenté, disponible sur Internet (Google) et retrouvé par Jacky Jeunon (« Des canaux navigables considérés d'une manière générale avec des recherches comparatives sur la navigation intérieure de la France et celle de l'Angleterre » par Michel-Louis-François Huerne de Pommeuse, 1822), on peut lire que l'écluse « de » Baraban « avait d'abord été établie sans bajoyers (les murs verticaux en maçonnerie) ayant à leur place des talus que leurs fréquents éboulements ont fait supprimer, on les a revêtus de bajoyers comme les autres. Cette écluse est la seule qui s'emplisse et se vide par des ventelles aux portes. Pour toutes les autres, il y a des tambours de fuite... »
Cette écluse était la troisième ouvrant directement sur la Loire avec celles de Rivotte et du Martinet.
Cette rapidité d'exécution explique peut-être, la forme inhabituelle de cette écluse de près de 32 m (la longueur moyenne d'un tel ouvrage à l'époque pour une largeur de 5,50 m environ). En effet, les deux portes de l'écluse ne sont pas face à face et les bajoyers ne sont pas exactement parallèles comme de règle.
Installation de nouvelles portes
La réfection de l'écluse du Baraban dans la perspective de sa réouverture est une surprise. Depuis longtemps cette possibilité s'apparentait à un rêve inaccessible puisqu'elle avait été repoussée à plusieurs reprises. VNF ne semblait pas favorable à cette réhabilitatino, notamment pour des contraintes techniques liées à l'ensablement du chenal qui débouche en Loire.
Rien n'annonçait cette issue qui ravira les amoureux du fleuve et du canal. Ceux-ci considèrent depuis longtemps que le rétablissement de la liaison entre ces deux voies d'eau parachève l'ensemble des opérations qui ont été menées depuis près de 40 ans pour restaurer cet extraordinaire patrimoine et l'ouvrir à la navigation touristique avec le succès que l'on sait.
Les travaux en cours ont nécessité la mise hors d'eau de l'écluse, désaffectée autour de 1950, et plus particulièrement de la chambre de la porte aval (vers la Loire) qui seront rétablies. Lundi, l'entreprise Verchéenne, de Vendée, procédait à la pose des « chardonnets », sur laquelle s'articuleront les nouvelles portes, elles-mêmes posées dans les jours prochains. L'ouvrage étant classé auprès des Monuments historiques, le fonctionnement de cette écluse sera... manuel à la demande de l'architecte des Bâtiments de France.
Pour procéder à cette installation, les techniciens ont du découper le radier en planches de chêne, dont l'état, plus de deux siècles après leur mise en place, est satisfaisant. Des travaux de reprise de maçonnerie seront également réalisés à cette occasion par l'entreprise Eiffage.
Arrachage manuel
de l'envahissante Jussie
Le chenal sera ensuite dragué par l'entreprise Curages Dragages Systèmes installée en Seine-et-Marne. Mais au préalable, il devra être débarrassé d'une plante vivace et invasive très encombrante : la Jussie. Les services du Conseil général ont demandé à VNF d'éliminer chaque pied de Jussie à la main afin de la faire disparaître totalement. Cette fleur jaune se plait dans les eaux stagnantes et n'est plus commercialisée depuis 2007 depuis que son impact néfaste sur un milieu naturel qui n'est pas le sien a été déterminé. Son transport est également interdit.
Cette seule intervention représente une dépense de 20 000 € pour VNF dont les représentants ont vérifié l'absence de Jussie sur le canal en lui-même. L'ensemble des travaux représente un investissement de 220 000 € dont 130 000 € pour les portes à l'aval de l'écluse. Si l'essentiel de cette somme est apporté par VNF, le Conseil général du Loiret contribue à hauteur de 25 %.
VNF espérait que cette restauration d'un site majeur pour la navigation touristique serait achevée pour Caravane de Loire qui se déroulera la semaine prochaine. Malheureusement, cette échéance n'a pu être respectée. Les travaux seront terminés au mois de novembre et l'ouvrage sera considéré comme opérationnel en fin d'année.
Organiser l'utilisation future
de l'écluse
Il restera alors à organiser le fonctionnement de cette écluse sachant qu'elle ne concernera que la navigation touristique. Les péniches y auront d'autant moins accès que leur gabarit (Freycinet 38,50 m) est supérieur aux dimensions de l'écluse. En outre se posera la question de la hauteur d'eau en Loire, impraticable en cas de faible étiage, et dangereuse en phase de hautes eaux. Les mariniers de Loire savent bien combien ce fleuve est piégeux.
Toute une réflexion est à mener à cet égard même si les perspectives de développement de la navigation touristique et de plaisance trouve là un nouveau débouché dont on ne peut que se réjouir.
Le premier à le faire est sans doute Jean Poulain, conseiller général et ancien maire de Briare, qui a tant fait pour la renaissance des canaux dans sa ville et qui, en 1996 pour le centenaire du pont-canal, déclarait au Journal de Gien à propos du retour de la navigation en Loire : « C'est bien sûr, inscrit dans l'ordre des choses. Canal et fleuve sont dans notre secteur tellement imbriqués que l'un induit l'autre. Je ne suis pas sûr que cinq ans me permettront d'arriver au bout de mon rêve, mais j'aimerais bien – qu'avant 2001- puisse être réalisée une nouvelle étape. Celle-ci permettrait à un touriste de revivre à bord d'un bateau à passagers ce que fut, au XIXe siècle, la traversée de la Loire entre Mantelot et les Combles...
Il lui aura simplement fallu attendre... 10 ans de plus.
Martial Poncet