Article du 06/03/2009 à 08:26
CNPE de Dampierre-en-Burly : Une durée de vie portée à 60 ans
Poids-lourd de l'économie giennoise, la centrale multiplie les investissements qui pourraient lui permettre d'allonger sa durée d'exploitation

Il est de tradition que la direction du Centre nucléaire de production d'électricité de Dampierre-en-Burly rende compte chaque année des activités de l'établissement. Jean-Paul Combemorel s'est plié à cet exercice la semaine dernière à l'occasion d'une conférence de presse consécutive à une réunion d'information plus particulièrement destinée aux élus. Cette formule un peu inhabituelle s'explique par le fait que la Commission locale d'information, dont les pouvoirs et orientations ont été révisés par la loi de transparence sur la sûreté nucléaire de 2006, n'est pas totalement en place.
Une exploitation bien maîtrisée
Globalement, 2008 aura été une année faste pour ce site. La production a atteint 24,5 milliards de KWh (5 % de la production nationale, 7 fois la consommation du Loiret), soit la deuxième meilleure performance de Dampierre-en-Burly après le record de 2004. Ce dernier aurait pu être dépassé s'il n'y avait pas eu un arrêt de tranche de longue durée (trois mois) avec le changement des générateurs de vapeur de la tranche 4, la dernière de site à subir cette opération estimée à 150 M €.
« Dampierre-en-Burly, comme Belleville-sur-Loire, est une centrale très sollicitée en raison de sa proximité de l'Ile de France dont elles ajustent les besoins en consommation » explique Jean-Paul Combemorel. D'ailleurs trois des quatre réacteurs dampierrois fonctionnent exclusivement pour cette région.
Au-delà de la production, il faut surtout retenir le coefficient de disponibilité des installations au réseau qui atteint 84 %, à comparer à la moyenne nationale, 79 %. « Ce bon résultat « témoigne de la maîtrise des équipes d'EDF et des entreprises sous-traitantes en ce qui concerne les interventions de maintenance, notamment les arrêts de tranches. Ces durées d'arrêt font aujourd'hui référence sur l'ensemble du parc nucléaire français.
Une même tendance peut être observée en matière de radioprotection qui s'inscrit dans une démarche de progrès continu. Ainsi, à l'occasion du remplacement des générateurs de vapeur de la tranche 4, le site a battu « le record mondial de la plus basse dose jamais enregistrée sur un chantier de ce type «.
En ce qui concerne les rejets en Loire, « le plus bas historique atteint en 2007 a été battu en 2008. Nous sommes à moins de 1 % de nos autorisations de rejets « se félicite Jean-Paul Combemorel. Et la sûreté à tous les niveaux fait l'objet d'une grande attention puisque même le taux de fréquence des accidents du travail a encore évolué à la baisse.
Ces performances n'excluent pas quelques revers. La Centrale a connu trois événements significatifs de sûreté en 2008, dont deux génériques, c'est-à-dire commun à plusieurs sites. Tous ont été classés au niveau 1 de l'échelle des événements nucléaires qui en compte sept. Il y a également eu deux arrêts automatiques de réacteur, autant qu'en 2007 mais un de plus que les années précédentes. Enfin, après deux années de baisse, le nombre de non-conformité aux règles d'exploitation est reparti à la hausse. Il y a eu sept incidents de ce type l'an dernier, autant qu'en 2005.
40 000 m3 de sédiments
à rejeter en Loire
Les principaux événements prévus en 2009 portent sur deux visites partielles sur les tranches 1, effectuée en février, et 3 en août. Deux arrêts simples pour rechargements sont également programmés. Le premier a eu lieu en février  sur la tranche 2, le second interviendra en mai sur la tranche 4.
L'association mondiale des opérateurs nucléaires, lieu privilégié d'échanges entre exploitants, viendra deux fois sur le site de Dampierre-en-Burly sur les thèmes de la surveillance en salle de commande et l'état des installations. Ce dernier sujet n'est pas neutre car il conduit à s'interroger sur l'avenir de la première génération du parc nucléaire français.
Le chantier le plus visible est en cours d'exécution. Il s'agit du dragage par la société EMCC du canal d'amenée d'eau qui alimente les systèmes de refroidissement de la centrale. Ce canal, très surveillé, se remplit régulièrement de sédiments qu'il faut prélever et restituer en Loire dans le respect de la législation sur l'environnement. Cette opération, qui porte sur près de 40 000 m3 de sédiments est réalisée tous les 5 à 7 ans.
Le chantier a débuté en février et devrait s'achever en avril pour bénéficier d'une période de débit élevé et éviter la période de frai du poisson en mai. Les sédiments sont prélevés à laide d'une fraise placée au bout d'un bras articulé. Ils circulent dans un tuyau avant d'être rejetés en Loire en trois points différents. Des analyses sont effectuées y compris au pont de Sully-sur-Loire pour vérifier leur bonne dispersion dans les courants.
Se préparer aux prolongations
Les lourds investissements réalisés depuis quelques années sur des parties essentielles des installations, comme les changements de générateurs de vapeur, montrent que l'on s'achemine vers une prolongation de la durée d'exploitation de ces centrales nucléaires. Dans les cinq ans qui viennent, EDF va engager des programmes importants comme le changement des alternateurs. A Dampierre-en-Burly, 42 M € sont prévus sur cinq ans (2007-2011) pour le projet « Etat des installations exemplaires » qui concerne aussi les abords du site. Un gros effort sera également effectué dans le domaine de l'informatique et des nouvelles technologies d'ici à 2011. Dampierre-en-Burly est un des trois sites pilotes retenus à cet égard. La durée de vie des centrales, initialement prévue de 40 ans, pourrait être prolongée jusqu'à 60 ans. Une information significative pour Dampierre-en-Burly qui fêtera... sa trentième année d'exploitation l'an prochain. Autant dire que toutes ces centrales sont particulièrement surveillées en particulier à travers les visites décennales. Deux éléments ne pourront jamais être échangés : la cuve du réacteur et le bâtiment réacteur. Leur état est donc observé très attentivement. Au final, l'Autorité de sûreté nucléaire, aujourd'hui indépendante, décidera réacteur par réacteur, ceux qui pourront jouer les prolongations car tous n'iront pas à 60 ans. Elle tiendra compte des caractéristiques techniques et sans doute du management. Pour s'engager dans cette voie qui représente un investissement de 25 milliards d'euros d'ci à 2020, EDF dispose du retour d'expérience des exploitants américains dont les centrales sont plus anciennes et ont d'ailleurs inspiré la filière française (réacteur à eau pressurisée). Les perspectives semblent bonnes et pour EDF l'économie sera substantielle. En effet, les investissements nécessaires pour prolonger une centrale nucléaire représentent 10 % du coût d'un EPR, la centrale de nouvelle génération, qui revient à... 4 milliards d'euros.
Cela n'empêche pas cette filière d'intéresser du monde. EDF et ses partenaires en construiront quatre en Grande Bretagne, quatre aux Etats-Unis, deux en Chine. L'Italie a manifesté son intérêt pour quatre unités. D'autres pays sont intéressés dont la France puisque le président de la République a décidé l'implantation d'un second EPR sur le territoire national. Tout cela s'ajoute à la construction en cours de l'EPR de Flamanville et d'un autre en Finlande dont le chantier a connu quelques difficultés.
Mais ceci est une autre histoire.
Martial Poncet

Des perspectives d'emplois
pour les jeunes
L'éventuelle prolongation de la durée de vie des installations nucléaires, conduit la direction du site à veiller particulièrement au recrutement et à la formation. Car finalement, à l'heure ou le « Papy-boom « pèse sur les départs en retraite, une nouvelle génération d'exploitants se met peu à peu en place.
Le CNPE de Dampierre-en-Burly emploie 1 200 salariés EDF et 350 prestataires. Cet effectif passe à 2 500 personnes lors des arrêts de tranches. Le recrutement ne cesse de croître (54 embauches en 2008). « Nous sommes sur un rythme qui ne va pas baisser » affirme Jean-Paul Combemorel qui pense parvenir à 70 à 80 embauches par an.
C'est pourquoi il multiplie les partenariats, souvent assortis d'embauches, avec les lycées professionnels, comme celui de Gien, qui disposent « de bons professeurs et de bons équipements «. L'objectif est de permettre aux jeunes de se familiariser avec leur éventuel futur outil de travail, de disposer de professionnels qualifiés dans les métiers qui lui sont nécessaires... et de recruter aussi localement que possible
Actuellement, le site compte 80 jeunes ayant moins de 18 mois d'ancienneté et 40 apprentis. « Notre effort de formation est important « estime-t-il. Car le plus dur, au moment où Dampierre-en-Burly qui aborde la mi-temps de sa durée vie « est de renouveler les équipes.... Il faut passer le témoin, prendre le meilleur des anciens et faire confiance aux jeunes. C'est un défi jusqu'en 2015. On s'en occupe «, sachant qu'« à long terme, il y aura du travail dans ou pour le nucléaire, c'est plutôt rassurant «.
Si le CNPE a un poids social par les emplois qu'il procure, il compte également sur le plan économique avec ses 31,5 M€ de taxes en 2008 dont 23 M € pour la taxe professionnelle (+ 1,5 M € par rapport à 2007), et ses 75 M € d'achats de matériels ou de prestations (hors arrêts de tranche ou grosses opérations) qui intéressent directement les entreprises locales.


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